La recherche scientifique occupe une place essentielle dans le projet Educ Esport. Depuis deux ans, une équipe dédiée suit de près l’impact de la pratique encadrée de l’esport sur les élèves. Cette année, Florian a rejoint l’équipe de recherche afin de mettre en place et de coordonner le protocole d’évaluation dans les établissements partenaires. Nous l’avons rencontré pour qu’il nous présente son rôle, les premiers constats observés et les perspectives pour l’année 2025-2026.
Tu as rejoint l’équipe de recherche du projet Educ Esport cette année. Peux-tu nous dire en quelques mots quel était ton rôle ?
Effectivement, j’ai rejoint l’équipe de recherche cette année. Mon rôle consiste à mettre en place la recherche sur le terrain. Plus précisément, préparer la méthodologie de la recherche en amont puis la décliner dans les différents établissements du projet. Par ailleurs, mon rôle est de valoriser cette recherche en mettant en avant nos avancées ainsi que l’évolution de notre travail.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’investir dans la recherche du projet Educ Esport ?
Je travaille depuis 2 ans déjà sur la mise en place et la réalisation de ce projet. Je pense être l’un de ceux qui connaissent le mieux le projet. J’ai donc eu envie de m’investir autrement dans ce projet qui me tient à cœur.
Peux-tu nous décrire le protocole que tu as mis en place cette année pour observer les élèves dans le cadre de ta recherche ?
Le protocole mis en place est un protocole mixte de recherche, c’est-à-dire qu’il consiste en la récolte de données à la fois qualitatives et quantitatives. Sur cette première année, nous avons surtout privilégié les données quantitatives avec la passation d’un test cognitif en début et en fin d’année sur 2 groupes (expérimental et témoin). Par ailleurs, nous avons aussi fait passer un test sociométrique qui vise à évaluer les relations entre les sujets dans l’environnement scolaire pour mieux comprendre l’effet de nos ateliers sur les sociabilités.
Quels étaient les objectifs de ces tests ?
L’objectif de ces tests est d’appréhender l’évolution des sujets sur différentes compétences cognitives comme la flexibilité cognitive, la mémoire, la spatialisation en 3D, la logique, l’inhibition et l’attention pour la partie cognitive. Quant au questionnaire sociométrique, il permet de rendre compte des différents profils sociaux que peuvent avoir les sujets et de voir comment nos ateliers vont impacter leurs relations sociales.
Sur quels volets s’est concentrée ton analyse (cognitif, physique, social…) ?
Sur cette première année, nous avons surtout développé l’aspect cognitif, qui est le plus complexe et le plus compliqué à mettre en place car il demande une grande rigueur et beaucoup de précision, notamment pour garantir un environnement similaire entre tous les établissements.
Et concrètement, sur le terrain, quels défis as-tu rencontrés pour mettre tout cela en œuvre dans les établissements ?
Comme évoqué précédemment, chaque établissement a son fonctionnement, ce qui nous oblige à nous adapter en permanence. En outre, la formation des groupes témoins n’a pas été aussi facile qu’escompté, du fait qu’il faille trouver des créneaux hors des ateliers pour passer des tests sur leur temps libre.
Tu es actuellement en train de traiter les données recueillies en fin d’année scolaire. Sans dévoiler de résultats définitifs, observes-tu déjà certaines tendances intéressantes ?
Pour l’instant, je n’ai pu traiter que les données des pré-tests. Nous ne pouvons donc pas vraiment formuler de résultat concret. Néanmoins, concernant les premiers résultats, nous pouvons constater une amélioration de la vitesse et de la précision des réponses avec l’âge des sujets, et cela dans les 2 groupes, expérimental et témoin. C’est ce à quoi je m’attendais.
As-tu pu identifier des différences notables entre les établissements, les groupes ou les profils d’élèves ?
Pour l’instant, nous n’avons pas remarqué de différence notable entre les établissements sur le plan cognitif. Cependant, nous pouvons voir une différence quant à l’utilisation des différentes consoles en fonction des profils sociaux. Nous remarquons que les sujets au lycée passent plus de temps sur l’ordinateur que les sujets au collège. Il en est de même pour les établissements issus de milieux modestes (REP/REP+).
Est-ce que certains indicateurs ressortent comme particulièrement sensibles à la pratique encadrée de l’esport ?
Nous n’avons pas vu d’indicateurs quantifiables particulièrement sensibles à l’esport. Pourtant, nous avons eu plusieurs retours de professeurs ayant remarqué des changements dans le comportement des élèves vis-à-vis d’eux : plus de facilité de communication, ouverture sur des sujets plus personnels, davantage de respect, etc.
Tu vas relancer une nouvelle série de tests à la rentrée : quels seront les enjeux de cette troisième année ?
Pour la 3ème année de recherche, les enjeux se situeront dans la récolte de données afin d’avoir le meilleur environnement possible. De plus, nous allons commencer la partie qualitative avec des entretiens.
Y aura-t-il des ajustements dans les outils ou les indicateurs utilisés ?
Il y aura quelques petits ajustements afin de fluidifier la passation des tests, mais il n’y aura pas de nouveaux indicateurs ni de changement d’outils.
Des communications ou publications sont-elles prévues dans les prochains mois autour des résultats de l’année 2024-2025 ?
Nous organiserons une journée d’étude afin d’évoquer les premiers résultats, cependant aucune date n’a encore été actée. Par ailleurs, une première publication aura lieu dans l’année. Pour finir, du 21 au 23 octobre, je participerai à un congrès à Poitiers pour parler des premiers résultats.
Quels types de publics aimerais-tu toucher avec ces travaux (communauté scientifique, institutions éducatives, monde de l’esport) ?
Ces travaux ont principalement pour but de toucher les institutions publiques (établissements scolaires, rectorats, ministère, etc.), mais aussi tous les professionnels de l’éducation de manière plus large. Enfin, cela peut être un moyen pour les parents/jeunes pratiquants de mieux comprendre les effets de l’esport et de connaître les bonnes pratiques à adopter.
Tu as participé à la première journée d’études organisée autour d’Educ Esport, avec d’autres chercheurs invités. Qu’as-tu retenu de cette journée et des échanges autour de la recherche ?
Cette journée a été enrichissante sur de nombreux points. L’esport, bien qu’en développement, est encore une pratique complexe qui nécessite d’être étudiée pour être bien comprise. Au niveau scolaire, il est encore difficile d’en évaluer les effets concrets. Néanmoins, la diversité des sujets abordés et des méthodologies utilisées a montré différentes manières de traiter l’esport.